Chronique nocture : prologue

Chronique nocture : prologue

L’art de l’imagination

La main a ouvert le livre, ou plutôt permis l’ouverture de cette page blogue.

Les yeux commencent à décrypter de gauche à droite, puis descendent quand ils atteignent le bout de la ligne. Les yeux s’ouvrent plus largement, s’écarquillent. Peu à peu, les mots interprétés par le cerveau prennent sens et donnent naissance divine à une image, une immense image. Au fond du crâne, l’écran géant panoramique interne du cerveau s’allume. C’est le début, la réalité objective. La première image représente…

L’Univers immense, bleu marine et glacé. Examinons de plus près l’image et zoomons sur une région saupoudrée de myriades de galaxies multicolores. Au bout du bras de l’une de ces galaxies : un vieux soleil chaleureux et chatoyant. L’image glisse encore en avant, trébuche sur un système orbital. Autour de ce soleil : une petite planète tiède marbrée de nuages nacrés. Sous ces nuages : des océans mauves bordés de continents ocre. Sur ces continents : des chaînes de montagnes, des plaines, des moutonnements de forêts turquoise. Sous les ramures des arbres : des milliers d’espèces animales et une machinerie lourde…

Le train ronronne telle une bête, fume tel un bois d’envergure et chante tel un tremblement avertissant son passage. Mes mains s’enfilent, dactylographiant des pages et des pages d’idées toutes les plus ridicules les unes que les autres. Mes pensées s’envolent tels des nuages faisant espace au soleil.

Le temps est immobile ici, présentement. C’est un passage futile, car désormais les secondes, elles, s’enfilent. Y-a-t-il vraiment quelque chose d’immuable? On y reviendra, on y repassera, bref : sans réponse. Sans réponse, car à l’horizon le soleil anciennement si inaccessible et aujourd’hui si perceptible ne donne, ni chante, ni permet de raison. Il n’est que témoin de nous, témoin de l’évolution.

Mais que dis-je ; de ces milliers d’espèces animales et de cette machinerie si exotique, il n’y a qu’une pierre angulaire possible : oui, oui, c’est la raison humaine. Bête atypique que les moins créatifs nommeront intelligence, que les plus réalistes nommeront intellectualisme et dont les plus sages discerneront réellement son essence non-catégorisable.

Ah misère et beauté. Beauté que l’atypique me plait. Beauté que les mots me plaisent. Écrire c’est laisser jaillir mes émotions sur papier ou clavier. Écrire c’est faire état de toi en usant d’inspiration et d’originalité. Écrire c’est employer beauté et abuser de beauté. Beauté, c’est penser à toi et penser à ceci.

Beauté que la banquette m’inspire. Beauté que le chocolat chaud m’enchante. Beauté que la fenêtre ouverte sur la rue m’invite. Beauté que cette eau cristalline est belle. Et beauté, que j’abuse.

J’abuse de l’imaginaire. J’excède le nécessaire et j’invente à outrance des situations bien trop familières. Bref, il est temps que je perce cette glace et que je nage jusqu’à la rive. Il est temps de quitter cette bulle et d’atteindre la réalité. Et justement, le train ronronne de nouveau pour signifier sa présence; à qui me direz-vous? Oui, à toi Nouveau York; à toi liberté et mégalopole; à toi modernité, américanité et tout ce que vous voudrez.

Je ne suis qu’un Canadien en Amérique. Je ne suis qu’un humain parmi d’autres, mais vos yeux glisseront une dernière fois de gauche à droite pour entendre les célèbres mots d’Hugo : « Je veux être Châteaubriand ou rien! »

Et je clamerai à mon tour : je veux être Hugo ou rien!

Mais pour l’instant, ce sera dodo au 215 W, 94th street. Pour l’instant, on va rêver à de la santé publique et faire des études médicales. See ya buddy l’imaginaire, à bientôt!

Chacha M.

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